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(english bio below)
Petite biographie par Jacky Berroyer
UN PEU D'HISTOIRE ET D'ACTUALITE
« La resignación es un suicidio permanente ». Le slogan vient en tête de la Radiolina, portion politico-poétique et canal news du site internet : www.manuchao.net. La Radiolina est également le titre de l'album 2007 du même Jose Manuel Arturo Tomas dit : Manu Chao, fils d'un certain Ramon du même nom.
J'ai récemment retrouvé un document télé de 1987 dans lequel, en pur prophète des variétés (s'il vous plait), j'annonçais à la télévision le succès à venir de Manu Chao à un Antoine De Caunes amical et presque attendri par mon enthousiasme.
Ce dernier me disait avant de lancer mon sujet : « tu as fait là un des reportages que tu voulais voir à la télé : sur « les petits les obscurs, les sans grades ? » »…
A l'heure où j'écris ces lignes, je lis dans le Los Angeles Times du 4 juin 2007 que Manu Chao, qui donne l'impression d'être partout chez lui dans le monde, triomphe devant 11 000 fans à la « L.A Sport Arena ».
Moi qui pose aujourd'hui en grand pronostiqueur, j'avoue, bien que le charisme et le talent du jeune homme m'apparaissaient comme évidents, n'avoir pas vu si loin, à cette époque où la Mano Negra n'avait même pas encore donné de concert. Mon reportage passait dans l'émission « Rapido ». En revoyant ce petit portrait, j'entends le commentaire off par la voix de n'avait même pas encore donné de concert. Mon reportage passait dans l'émission « RapidoGilles Verlant : « à vingt quatre ans, dans sa piaule, Manu Chao se repasse les disques de ses héros … ». Et Manu d'expliquer comment il a fait de la musique de certains pionniers son école, et ayant assimilé tout ça, il compose maintenant ses morceaux. Puis il ajoute : « si j'habitais en Espagne je ne ferai pas du rock, en Espagne le rock c'est le flamenco. Là-bas, Camaron c'est un Dieu. C'est le Johnny Thunders de cette musique là, etc ». Vingt ans plus tard, les dieux autodestructeurs, Camaron et Thunders sont physiquement morts. Quant à Manu il vit en bonne santé en Catalogne, et ne se demande plus s'il fait du rock ou du flamenco. Il a bien conscience de faire du Manu Chao. Sans ignorer pourtant, à l'instar des Chuck Berry, Ray Charles, Fats Domino et ceux du monde hispanique, ce qu'il doit à ses prédécesseurs. Car eux non plus ne sont pas tombés du ciel, artistiquement, ceux là aussi citaient souvent leurs influences et ont du se voir reprocher, par ceux qui au présent ne prennent pas très bien la dimension des choses, de ne pas toujours se renouveler. David Byrne qui n'était pas mal non plus avec ses Talking Heads avoue avec humour un brin de jalousie pour les seules réserves qu'il fait dans un élogieux reportage sur un concert de Manu à Brooklyn en 2006.
Si le deuxième album solo de Manu était apparu à certains comme trop proche du premier, c'est qu'il avait été composé dans la même période. « La Radiolina » est emprunt d'une sophistication jamais atteinte. C'est à mon avis un très grand disque. Le style patchwork a gagné en raffinement. Je n'écris pas ici pour en faire l'analyse mais seulement pour saluer globalement l'effort artistique et humain d'un petit gars né à Paris, et comme on a pris l'habitude de dire : issu de l'émigration, qui tout en ayant créé quelque chose de gigantesque, n'a jamais changé de mode de vie. Il n'hésite d'ailleurs pas à se confronter à ses détracteurs qui lui reprocheraient des contradictions. Ce sont là des choses qui seront développées en d'autres lieux.
Il est à ce propos question d'une rencontre entre Manu et un philosophe dans un numéro à venir du mensuel « Philosophie ».
Et au chapitre de l'engagement, Manu qui dort encore très naturellement (c'est à dire : pas pour se la jouer) sur le canapé un soir de fête chez des potes, tout en ayant conscience d'avoir généré l'entité considérable « Radio Bemba » se retrouve en 2007 avec le leitmotiv de : « Et maintenant qu'est-ce qu'on fait ? ». Il ne prétend pas avoir de solution. Il n'est pas passé de L'Esperanza au désespoir, mais comme il le dit à propos du train où vont les choses : pas besoin d'être un grand économiste pour comprendre que ça ne va pas s'arranger. Ils sont de plus en plus nombreux ceux qui ne marchent plus dans la combine. Bien des gens voudraient freiner la machine qui nous emmène dans le mur. Ce ne sont pas les bonnes volontés qui manquent, le problème est : comment s'organiser ?
« Et vous en France (il vit principalement à Barcelone), vous allez vivre au moins pendant cinq ans ce qu'on a vécu avec Aznar. Quand je pense que j'ai eu des concerts interdits sous prétexte que j'étais une source de terrorisme. »
Il a donc créé un style. Ce qui est assurément le plus difficile. Un style composite avec ses récurrences, comme ses mélanges d'idiomes, ses arrières plans sonores : voix, bruits de villes, ses sirènes de flics et d'ambulances, ses slogans protestataires, ses constats attristés sur l'état du monde et l'espérance à entretenir dans le bordel de la vie. Plus tard on ne saura plus trop si telle ou telle chanson vient du deuxième ou du sixième album. Ce sera du Manu Chao. Tout comme Brassens a fait du Brassens. Si Brassens est reconnu comme poète au langage riche et châtié y compris pour dire des « cochoncetés », Manu Chao aura eu le génie de la naïveté assumée. Il aura cultivé un langage naïf comme des Picasso, des Chaissac, des Dubuffet, et d'autres l'ont fait en peinture.
Il assume ce geste qui consiste en une stylisation du langage minimaliste avec accent caraïbe dont l'archétype hérité serait le « Havana Moon » de Chuck Berry. Il faut voir la passion qu'il met dans la réalisation de clips d'animations faits de dessins « enfantins » de son ami Wo pour chacune de ses chansons.
Manu, aujourd'hui très heureux père d'un garçon de huit ans qui vit dans le Nordeste brésilien et qu'il va retrouver chaque fois qu'il le peut, se pose continuellement des questions quant à ça et d'autres choses. Et si le mode de vie qu'il s'impose exclut depuis toujours un esclavage contractuel qui le ferait revenir chaque année avec un nouvel album pour, probablement, devenir plus énorme, il sait qu'il a aujourd'hui les moyens de tout arrêter pour vivre plus libre encore. Lorsqu'on lui en parle il avance deux raisons pour ne pas le faire : la responsabilité qu'il s'est créée envers ceux qui dépendent de lui, le plaisir de servir ceux qui attendent ses chansons ainsi que l'amour envers ses différentes activités. Je recompte sur mes doigts. Ca ne fait pas deux mais trois raisons.
English bio by Nigel Kennedy
A musical globalista with a rebel rock'n'roll heart, there's nobody quite like Manu Chao.
An inspiration to the world's downtrodden and dispossessed and a huge star in Latin America where he can draw audiences of 100,000 people, Chao's first solo album, 1998's 'Clandestino', sold three million copies.
In Britain he has long enjoyed an enthusiastic cult following, particularly among world music aficionados. But 'La Radiolina', his first full studio album in six years, seems certain to expand that fan base dramatically, for as the UK's Uncut magazine noted in a five star review, it's "not so much a world music record as a global-rock mission statement."
'La Radiolina' finds all Chao's maverick trademarks present in abundance - the Latin melodies and world rhythms, the surreal samples and sense of fun, the street-punk sloganising and the unerring pop sensibility, which led Robbie Williams to cover Clandestino's 'Bongo Bong'. Yet 'La Radiolina' also presents a more expansive sound from Chao than we've heard before with the guitars and rock beats very much to the fore.
Recorded in Barcelona, where he and his band Radio Bemba live, it's all the most diverse record Chao has recorded to date, from the galloping rockabilly-blues of '13 Días' through the frenetic urgency of 'Panik Panik' to the catchy, grown-up pop of 'Bleedin' Clown' and the lovely ballad 'La Vida Tómbola', dedicated to Diego Maradona and written for a film about the footballer currently being made by Emir Kusturiça. The radical politics at the core of Chao's creative philosophy are also out in force on songs such as 'Politik Kills', 'Tristeza Maleza' and the charged-up single 'Rainin' in Paradize', which finds him rhyming 'democracy' with 'atrocity'.
As with 'Clandestino' and its 2001 follow-up 'Próxima Estación: Esperanza', 'La Radiolina' was created layer-by-layer by Chao on his laptop. "When I open my computer to record a new song I have an idea but, the result usually comes out totally different. If we come up with something that I didn't expect that's what I call a good session," he says. Parts of the album were mixed by Mario Caldato (Beastie Boys/Beck), although Chao continued to remix the tracks after their collaboration.
"With a computer you never stop remixing. I only stopped now because I wanted to get the record out and do others things," he says.
'La Radiolina' comes exactly 20 years after Chao first came to prominence with Mano Negra. Born in Paris in 1961 into a Galician family that had fled Spain to escape Franco's fascist regime, Chao grew up in a multi-cultural community populated by immigrants from north and West Africa.
In the '70s he discovered the UK rock scene and was inspired first by Dr Feelgood and then the Clash. After the short-lived band Hot Pants, in 1987 he formed Mano Negra, combining a punk rock aesthetic with influences drawn from reggae, Chao's own Latin roots and the multi-cultural milieu in which he grew up. A deal with Virgin followed but after several acclaimed albums the band split following a legendary tour of war-torn Colombia in 1993. After buying an old train, Chao and his colleagues spent six weeks travelling across the country via a disused rail track, stopping at villages along the route to play impromptu concerts for audiences of peasants, guerrillas and drug traffickers. By the time they reached the capital Bogotá, it was literally the end of the line: only Chao and one other member of the band were left.
By his own account, Chao fell into a deep depression. He took a couple of years off, to travel the world and in the process recorded his solo debut, 'Clandestino', using a portable tape machine that he carried in his backpack. Released in 1998, it became a worldwide leftfield hit, although Virgin initially refused to release it in the UK and Chris Blackwell snapped it up for his Palm Pictures label, claiming that he saw in Chao many of the qualities that had persuaded him sign Bob Marley almost a quarter of a century earlier. The equally genre-bending 'Próxima Estación: Esperanza' followed in 2001 and now finally comes the third installment, 'La Radiolina'.
Not that Chao has exactly been idle over the last six years. The 2002 live album 'Radio Bemba Sound System' was followed in 2004 by 'Sibérie M'était Contéee', a limited-edition book/CD created in partnership with illustrator Jacek Wozniak which appeared only in France.
Chao also produced the West African duo Amadou and Mariam's widely feted 'Dimanche á Bamako' and 'Ma Yela', an album for the Algerian Berber artist Akli D - and spent time hanging out with Joe Strummer, with whom he formed a strong bond. "He's the only hero I ever met who wasn't a disappointment," Chao says. "He was a great teacher for me - like an uncle. I remember meeting him at a festival in Japan. He had his campfire and it was six in the morning and he was still playing his little mix tapes to keep the party going. I looked at him and thought 'I want to be like that'."
The respect was mutual and the records Strummer made towards the end of his life with the Mescaleros were in turn deeply influenced by Chao. "Joe absolutely adored Manu's music," confirms Strummer's widow, Lucinda. "They were very good friends."
Earlier this summer Chao road-tested his new material on his first full tour of America. With the stage draped in a banner declaring 'Immigrants are not criminals', he won over audiences everywhere, including 90,000 fans at Coachella impatiently waiting to see Rage Against The Machine. "You cannot fight terrorism with terrorism, you should fight violence with education,' he told them - and received rapturous applause. "Everywhere we went in America people seemed to agree with my criticisms of their government," he says. "So I remain full of hope. When I was young we believed we could change the world. Now it's much more difficult for kids to have hope. But everybody around the planet knows that the shit has hit the fan. It's just a matter of time before people are going to wake up and demand change."
When not performing at huge festivals like Coachella, you'll find Chao playing for free every night in his neighbourhood bar in Barcelona. But, wherever you catch him, the message is the same: the best way not to let the bastards grind you down is to enjoy the party. It's a sentiment that Joe Strummer would have surely understood.
Nigel Kennedy - July 2007